Selon Michel Ferrary, professeur à l’université de Genève et chercheur affilié à la School of Knowledge Economy and Management (Skema), « le phénomène marquant de la féminisation du marché du travail est moins une reproduction de la domination masculine que la bipolarisation sexuelle des entreprises. » Dans son édition daté du 14 octobre, Le Monde, qui cite une étude à paraître prochainement, rapporte que ce chercheur a décelé une corrélation forte entre la part des femmes dans les entreprises et leur pourcentage dans l’encadrement. « Les entreprises “féminines” sont essentiellement des entreprises de service (services financiers, distribution) ou du secteur du luxe et de la santé », explique l’article, à l’opposé « des entreprises industrielles de l’automobile, de l’énergie, de la chimie, des secteurs technologiques ou de la construction et des services aux collectivités. » Cette règle — à laquelle certaines entreprises échappent néanmoins — « résulte avant tout d’une polarisation sexuelle des étudiants dans le système éducatif », selon Michel Ferrary, mais aussi de choix différenciés chez les jeunes diplômés à la sortie d’une même école, selon qu’ils sont hommes ou femmes.
Aux États-Unis, une étude semblable avait d’ailleurs permis d’expliquer pourquoi l’écart de rémunération entre hommes et femmes avait atteint son plus bas niveau au deuxième trimestre 2010, la crise ayant frappé plus durement les secteurs dits « masculins » (lire sur Infos-discriminations.fr : Aux États-Unis, les écarts de salaires femmes-hommes n’ont jamais été aussi faibles…).
Dans le même numéro du Monde, la ministre de l’Économie et des Finances, Christine Lagarde, qui participera au Women’s Forum ce 14 octobre à Deauville, rappelle son attachement à défendre la place des femmes la tête des entreprises. « À ne pas laisser plus de place aux femmes dans les entreprises ou en politique, on risque l’hémiplégie. Nous sommes physiquement, physiologiquement, génétiquement différentes et nous avons des bonheurs et des espoirs différents de ceux des hommes », sans craindre de se voir reprocher une vision essentialiste du féminisme. À ceux qui voudraient néanmoins minimiser les difficultés des femmes en situation de responsabilité, elle rappelle « la réalité des faits, des cultures, de décennies de déséquilibres dans l’exercice des fonctions et des pouvoirs » : « quand je dis que face à la raréfaction des énergies fossiles, il faut essayer de covoiturer, circuler à vélo, prendre les transports en commun, je suis brocardée dans la demi-heure qui suit. Et on continue, encore aujourd’hui, de me dire que j’ai fait des gaffes. Si un homme avait dit la même chose, on ne l’aurait pas traité de la sorte. » Elle rappelle en outre être « favorable aux quotas temporaires [dans les conseils d'administration d'entreprises]. Car je pense que des quotas à durée indéterminée deviennent stigmatisants ».

