Thomas Breda, doctorant à l’École d’Économie de Paris, vient de publier un article portant sur les salaires des délégués syndicaux. Les données étudiées ont été extraites de l’enquête Relations professionnelles et négociations d’entreprise (REPONSE) de 2004-2005 réalisée par la Dares (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques) dans 3.000 établissements d’au moins 20 salariés. Le chercheur a examiné les écarts de salaire éventuels entre les délégués syndicaux et leurs collègues non syndiqués d’une part, et entre les salariés syndiqués et les salariés non syndiqués d’autre part.
L’étude révèle que, toutes choses égales par ailleurs, les salariés syndiqués gagnent légèrement plus que leurs collègues non syndiqués, mais, à l’inverse, les délégués syndicaux gagnent 10 % de moins que leurs collègues sans mandat syndical. Un écart qui, de surcroît, s’accroit en fonction de l’ancienneté.
Ces écarts varient également en fonction de l’appartenance syndicale des délégués syndicaux : l’écart de salaire atteint ainsi 20 % pour les délégués encartés à la CGT, et 10 % pour ceux appartenant à la CFDT. L’écart est en revanche nul pour les délégués syndicaux élus sur les listes FO. « Les délégués de la CGT, plus combattifs et plus actifs dans les négociations salariales seraient dans une interaction non-coopérative avec les employeurs, ce qui conduirait ces derniers à moins bien les rémunérer », explique Thomas Breda. Il ne faudrait donc pas y voir, selon le chercheur, une conséquence des décharges hebdomadaires dont bénéficient les délégués syndicaux et qui affecteraient la qualité de leur travail : pourquoi les délégués issus d’autres formations syndicales seraient-ils en effet moins frappés par ces écarts de salaires, alors qu’ils disposent des mêmes aménagements horaires ?
Une telle discrimination salariale pourrait donc expliquer la difficulté des syndicats à recruter des candidats pour devenir délégués syndicaux : « le fait que les salariés soient discriminés et doivent partiellement renoncer au développement de leur carrière professionnelle quand ils deviennent délégués syndicaux pourrait expliquer que la décision d’être candidat soit si difficile à prendre », conclut Thomas Breda.
(Télécharger l’étude sur le site de Marianne ; lire aussi l’article paru dans Les Échos le 26 octobre 2010 et celui paru dans Marianne le 28 octobre 2010)

