Le 29 juin 2009, des chercheurs et des universitaires, réunis en une Commission alternative de réflexion sur les « statistiques ethniques » et la discrimination (CARSED), ont rendu public un rapport contre les statistiques ethniques, intitulé « Contre le retour de la race. » L’ouvrage doit paraître en septembre prochain aux éditions de l’Aube. La CARSED a été constituée il y a trois mois pour apporter la contradiction au Comité pour la mesure et l’évaluation des discriminations (COMEDD), constitué par Yazid Sabeg, commissaire à la diversité, et président par François Héran, de l’INED. Il est en effet reproché au COMEDD d’avoir été composé selon « le seul critère d’une position ouvertement favorable aux statistiques ethniques. »
La CARSED déplore une initiative s’inscrivant dans une politique de lutte contre les discriminations qui ne s’attaque qu’à la sous-représentation de certaines catégories dans l’élite (grandes écoles, haute administration, médias), mais qui « n’apporte aucune aide à l’ouvrier, l’employé, à la caissière dont la discrimination est patente quand on compare les taux de chômage des handicapés ou des immigrés à ceux de l’ensemble de la population. » Le rapport dénonce une revendication d’outils statistiques servie comme excuse aux « retards » et aux « négligences » des pouvoirs publics en matière de lutte contre les discriminations.
Le collectif de chercheurs place au coeur de son analyse les effets néfastes de la création de catégories ethnoraciales, qui valide la notion de race et la séparation des individus selon ce critère. « On ne peut pas développer une pensée non-raciste de la race, ni une pensée non ethnique de l’ethnie en les prenant pour des réalités ou des catégories objectives d’analyse », écrivent les auteurs. D’ailleurs, ces constructions, rappellent-ils, « reflètent le passé souvent colonial, et des ascendances, souvent imaginaires. » Ils regrettent que, si les expériences britanniques et américaines sont abondamment citées, on oublie d’évoquer les exemples sud-africains, yougoslaves et rwandais, où la division administrative des sociétés en catégories ethniques a précédé des dérives racistes. Des arguments techniques sont enfin mis en avant : comment déterminer des catégories non contestées, sachant que ceux qui s’y sont essayés ont dû faire face à des revendications identitaires conduisant à une inflation terminologique ? La CARSED pointe le risque de « fragmentation » et de « concurrence entre communautés ».
Les propositions alternatives des auteurs concernent principalement le renforcement des dispositifs de lutte contre les discriminations : consolidation des pouvoirs de la Halde, abolition du critère de nationalité dans l’emploi public, codification des règles d’embauche pour éliminer le risque de discrimination, vigilance sur le Label Diversité, qui doit rester un outil d’amélioration des procédures de l’entreprise, et non un bouclier judiciaire. Mais la CARSED n’abandonne pas le terrain de la recherche et de l’étude statistique pour autant. Elle réclame des enquêtes d’ensemble sur les inégalités répétées à intervalles réguliers « comme les enquêtes de l’INSEE sur l’emploi, la famille ou la formation. » Elle soutient des études fondées le ressenti de discrimination, validées par la CNIL.
Pour en savoir plus, lire ce billet du blog de Serge Slama, co-auteur du rapport, qui fait le point sur les contributions disponibles sur internet depuis que le débat a été lancé.



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