Enquête mondiale sur les stéréotypes discriminatoires inconscients : publication des premiers résultats sur le genre, et une exposition d’art contemporain à Paris

L’université de Harvard a mis au point une enquête mondiale, le projet Implicit, sur les stéréotypes inconscients. Initié il y a dix ans, il s’appuie sur des « tests d’association implicites » accessibles en ligne. Ces tests consistent à associer plusieurs mots à des concepts, rapidement, sans prendre le temps de réfléchir.

Plus d’un demi-million de personnes, réparti sur 34 pays, a ainsi pris part au test sur le genre. Il en ressort que 70 % des personnes testées associent les sciences au masculin plutôt qu’au féminin. Ces résultats ont fait l’objet d’un article publié le 22 juin dans les Annales de l’académie nationale des sciences.

L’un des auteurs de l’article, Brian Nosek, rapporte dans le blog du Projet Implicit : « Nous avons discerné une tendance générale dans tous les pays dans lesquels nous avons conduit cette enquête, montrant que la population associe plus souvent les concepts scientifiques au sexe masculin qu’au sexe féminin. Nous avons corrélé nos données avec une évaluation de l’enseignement des sciences dans les huit premières années de scolarité, pour trouver que dans les pays où les écarts entre les sexes sont les forts — là où les garçons réussissent mieux que les filles en sciences et en mathématiques —, les stéréotypes reliant les sciences à l’effort masculin étaient les plus forts. »

Par ailleurs, les chercheurs ont relevé que ces stéréotypes sont tout autant partagés par les hommes que par les femmes. « La culture est une force puissante pour modeler les croyances et les comportements », selon Brian Nosek, qui ajoute : « nous pensons que les stéréotypes implicites et le fossé entre les sexes dans leur capacité de réussite dans les domaines scientifiques se renforcent mutuellement. »

Mazarin Banaji, neuropsychiatre également impliquée sur le projet Implicit, s’est associée à une artiste indienne, Shilpa Gupta, pour une exposition intitulée While I sleep (cf. le dossier de presse) qui interroge les peurs et les angoisses populaires sous le prisme des préjugés et des stéréotypes, notamment à partir de résultats de cette enquête.

Cette exposition, qui se tient jusqu’au 29 juin au Laboratoire (4, rue du Bouloi à Paris) a marqué Jean-Marc Le Gall, professeur associé au Celsa, qui relate son expérience dans une tribune publiée dans le Monde économie le 23 juin. Il recommande « aux dirigeants de prendre dès à présent la mesure des préjugés à l’oeuvre dans leurs équipes. » Il ajoute : « Le sujet est délicat, car il touche aux convictions intimes de chacun. Sensibiliser les équipes de ressources humaines et les managers à cette part d’irrationnel chez chacun d’entre nous est pourtant un passage obligé pour assurer l’objectivité des décisions et l’égalité des chances dans l’entreprise. »

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