Tandis que le Parisien révèle que le commissaire à la Diversité, Yazid Sabeg, a rencontré le président de la République mardi pour fixer la remise de son rapport sur la diversité lors de la deuxième semaine d’avril, François Héran, directeur de l’INED, et président du Comité pour la mesure de la diversité et l’évaluation des discriminations prend sa plume pour recadrer le débat, dans une tribune publiée dans Le Monde ce mercredi 25 mars. Il répond notamment à trois arguments opposés par les détracteurs des « statistiques ethniques. »
François Héran refuse d’abord de « confondre “mesure de la diversité” et “statistiques ethniques” » « Alors que la statistique ethnique fait une fixation sur l’origine en l’isolant du contexte, la mesure de la diversité est multidimensionnelle, elle replace les origines dans l’ensemble des facteurs qui modifient les chances d’accès aux biens de toute sorte : éducation, logement, emploi, santé » précise-t-il .
Deuxième objection, souvent mise en avant par SOS Racisme : « à quoi bon chiffrer la discrimination, on sait déjà qu’elle existe. » Le démographe a alors beau jeu de rappeler que, pour établir la réalité d’une discrimination, les mêmes ont recours à des tests de comparaison, selon des critères tels que l’origine des victimes supposées.
Troisième objection, récemment formulée par Patrick Weil : les études chiffrées sont déjà possibles, à partir de critères tels que les lieux de naissance des parents. François Héran rétorque que, dans la pratique, ces études sont difficiles à mettre en œuvre, et impossibles à systématiser. Par ailleurs, le nouveau président du Comité pour la mesure de la diversité veut balayer « le faux dilemme des données objectives ou subjectives » : « les réalités dites objectives le sont moins qu’on ne croit (la consonance étrangère d’un patronyme doit s’interpréter), tandis qu’à l’inverse, affirme-t-il, des épreuves répétées et partagées confèrent une consistance sociale à des sentiments tels que l’appartenance ressentie. »
Il conclut par le pragmatisme commun aux avocats de ces statistiques : « Offrir à l’idéal républicain d’égalité des chances la possibilité de se mesurer au réel, ce n’est pas le miner, c’est le conforter. »


